samedi 2 juillet 2016

Eliel

"c'est avec toi que j'ai eu mon premier émoi sexuel, le premier provoqué par une fille et dont je me souvienne précisément. je devais avoir 9 ans et toi 7, tu était debout sur un tabouret et j'ai attrapé tes chevilles et sans que je comprenne pourquoi j'étais totalement absorbé par le contact de mes mains avec tes chevilles, j'ai levé les yeux vers toi et tu me regardais avec cet air si spécial, mélange d'un un brin de mépris , de beaucoup d'étonnement et cette  tendresse au fond de tes yeux qui semblait me dire que tu me pardonnais mon offense comme si tu savais précisément dans quel état émotionnel je me trouvais. Alors tu es descendu du tabouret en silence et tu es partie de la pièce où nous nous trouvions avec une totale indifférence."




avant propos

Mon père est convaincu que j'ai choisi le déclassement par peur de ne pas être à la hauteur (de quoi? de qui? ça il ne le précise pas). Ma mère n'est pas loin de penser la même chose même si elle le formule autrement: je n'aurais pas assez confiance en moi. Aucun d'eux ne semble accepter l'idée que je sois simplement le résultat de leur éducation, leur rêve, leur étrange amour. Ni même que je puisse avoir une histoire différente de celle qu'ils imaginent que j'ai vécu. C'est tout à fait surprenant quand on sait que mon père est un psychiatre qui s'est spécialisé dans la systèmie. Mais je suppose que chaque famille a son lot d'incompréhensions.

Ces mémoires ont donc pour objet d'éclairer mes parents sur la personne que je suis et par la même occasion  de lever tous les doutes et questions que mon comportement général ou particulier a pu générer autour de moi(1).

Elles n'ont pas vocation à établir une quelconque vérité, ni même à raconter une réalité tangible puisqu'elles sont le pur fruit de perceptions subjectives et salement intriquées qui se sont transformés au fil des ans en souvenirs intimes et fondateurs.


(1) pour que peut être un jour, quelqu'un puisse enfin dire,avec toute la conviction gaullienne qu'il convient d'adopter lorsqu'on prononce ce genre de phrase, "je vous ai compris".